L’accompagnante n’est pas une sage-femme

*Ce billet est le deuxième d’une série sur l’accompagnement à la naissance. La semaine dernière, j’abordais le rôle de l’accompagnante dans la réduction des interventions médicales.

dadDepuis que je suis accompagnante (et je me considère encore dans la courbe d’apprentissage), je suis aux premières loges pour constater la méconnaissance de la profession. Plusieurs personnes que je croise n’ont jamais entendu parler de l’accompagnement, et d’autres arrivent difficilement à différencier le métier d’accompagnante et celui de sage-femme. Pourtant, il y a un monde! Comme la sage-femme, l’accompagnante travaille à donner confiance à ses clients et à favoriser leur autonomie. Par contre, ces deux professionnelles diffèrent notamment sur le plan de l’éducation et des responsabilités. La sage-femme a une formation de plus de 4 ans d’études universitaires. Après moult cours et stages, elle est une spécialiste de l’accouchement « normal » et a la responsabilité médicale de ses clientes. (Petite parenthèse : les sages-femmes et les doulas utilisent le terme « cliente ». J’avais de la difficulté avec ce terme au début, parce que je l’associais à un échange monétaire sans profondeur, mais le terme « patiente», utilisé en médecine, est véritablement inadéquat.) Sur le plan des responsabilités, la sage-femme est (presque) l’égale du médecin accoucheur (excluant le salaire, disons), mais, en plus, elle prend le temps d’écouter. Attendez! Je ne veux pas dire que les médecins n’écoutent pas leurs patientes, je veux dire que les sages-femmes prennent plus que 8 minutes par rencontre pour écouter leurs patientes clientes et qu’en général, le temps favorise les échanges et la confiance. Je disais donc que les sages-femmes, comme les accompagnantes, prennent le temps d’écouter et d’échanger de l’information. Cela facilite le choix éclairé et nourrit une relation égalitaire entre elles et ses clients. Elles travaillent aussi à préserver l’intimité pendant l’accouchement, ce qui à mon avis est vraiment important pour que le travail progresse bien!

De son côté, l’accompagnante n’a pas de responsabilité médicale, c’est une professionnelle ayant l’expérience des accouchements et du système de santé. Son rôle est d’informer, de soutenir, de guider, de protéger et d’assurer une communication respectueuse entre le corps médical et ses clientes. Sa formation est sommaire (une dizaine de jours seulement) et ses connaissances s’approfondissent par l’expérience. L’autre jour, on m’a demandé si une formation plus approfondie ne serait pas nécessaire pour ce métier. Mon interlocutrice trouvait ça vraiment mince comme formation pour l’ampleur du travail. « Ne serait-il pas approprié d’exiger une formation de quelques années, avec des cours de psycho, d’anatomie, etc.? » Personnellement, je ne pense pas que ce soit nécessaire, l’apprentissage par expérience et mentorat qui a cours actuellement permet de former d’excellentes accompagnantes! Vu le peu d’avantages que propose ce métier actuellement (au niveau des horaires et de la reconnaissance notamment), ce sont des femmes passionnées qui le font… elles sont généralement autodidactes et motivées. D’ailleurs, Michel Odent, dans son livre « Le bébé est un mammifère », se désole que les accompagnantes ont une formation point, préconisant une approche intuitive et empathique de l’accompagnement. Par contre, je suis certaine qu’il y aura une formation plus encadrée un jour, lorsque les accompagnantes auront réellement leur place comme intervenante dans ce système qui gravite autour de la femme qui accouche. Formation « académique » ou pas, l’accompagnante doit continuer d’apporter un soutien émotionnel continu et informatif. Elle vient combler un besoin qui était probablement rempli par les grand-mères il y a longtemps et plus récemment par les infirmières (avant qu’elles soient surchargées). En fait, je pense que la force de l’accompagnante réside en partie dans le fait qu’elle est familière avec les deux univers qui se rencontrent à la salle d’accouchement et qui ne parlent pas le même langage. Elle a à la fois une petite dose de grand-mère parce qu’elle connait ses clients ET une petite dose d’infirmière parce qu’elle s’y retrouve dans les rouages des départements d’obstétrique. Finalement, la doula est peut-être une traductrice… une traductrice chaleureuse.

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3 thoughts on “L’accompagnante n’est pas une sage-femme

  1. nancy dit :

    bonjour, merci pour les informations. C’est clair et informatif.
    1e question, puisque ces dames sont des clientes, comment elles font pour avoir recourt à vous services. Qui vous recommande. Il y a des honoraires? Qui peut se permettre une doula? Être accompagnatrice demande combien de rencontres. et lors de l’accouchement, vous accompagné la cliente à l ‘hôpital ou si cela doit être à la maison?….selon le choix de la cliente. bravo pour le beau travail.

    1. Marylène Dussault dit :

      Bonjour Nancy,
      Ce sont de bonnes questions que vous soulevez. Pour avoir recours aux services d’une accompagnante, il y a grosso modo trois options : 1) communiquer avec un organisme communautaire qui offre le service (souvent à prix modique), 2) communiquer avec un organisme privé offrant le service ou 3) communiquer directement avec une accompagnante libérale (comme moi!). Le plus fréquemment les recommandations proviennent d’anciennes clientes, de collègues doulas débordées, d’amis, de connaissances. Parfois, un médecin, une sage-femme ou le CLSC peut avoir des motifs de recommander une accompagnante. Ils choisiront de recommander une accompagnante qu’ils connaissent ou un organisme ayant une bonne réputation. Il y a généralement des honoraires, mais certains services sont offerts gratuitement par des bénévoles ou moyennant un don à l’organisme communautaire. Pour les accompagnantes dites « privées », les honoraires varient en fonction de l’expérience de l’accompagnante, du service offert (p.ex. nombre de rencontres offertes) et par extension des besoins du client. Dans un article récent dans La Presse sur le sujet, on y avançait une fourchette de prix assez large. Un suivi type d’accompagnement à la naissance comprend 3-4 rencontres prénatales, présence à l’accouchement et 2 rencontres postnatales, mais tout est modulable vu qu’on répond d’abord aux besoins de nos clients. Pour avoir une idée des services que j’offre personnellement, vous pouvez visiter la section « services » de mon site Web. Concernant l’accessibilité du service d’accompagnement, c’est une question qui demande beaucoup de mots pour y répondre et je travaille justement sur un billet à ce sujet. Finalement, il est important de rappeler que les accompagnantes n’ont pas de responsabilité médicale, donc pendant l’accouchement elles accompagnent à l’endroit où la cliente a choisi d’accoucher en présence du professionnel de la santé qui, lui, a la responsabilité : soit le médecin à l’hôpital ou la sage-femme à l’endroit choisi par la cliente. L’accompagnante se rend parfois au domicile de sa cliente pendant le travail latent ou en début de travail actif pour soutenir la parturiente et pour aider à déterminer le bon moment pour se rendre à l’hôpital (il faut surtout éviter d’arriver trop tôt). J’espère que j’ai répondu à vos questions. Notez que j’aborderais certains aspects plus en détail dans mes prochains billets.

  2. nancy dit :

    merci. Je continuerais à te lire avec grand intérêts. Encore bravo pour ton bon travail et ton blogue.

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