L’accès à l’accompagnement à la naissance

Dans le dernier billet, je développais sur le prix de l’accompagnement à la naissance. Tout en m’interrogeant les risques d’épuisement pour les accompagnantes qui pratiquent, j’explorais le coût demandé aux clients pour le service d’accompagnement et ce que ce service comprend. J’espère que je vous aie convaincu que le service vaut le prix, parce que je le crois. Mais soyons réaliste, ce coût… il faut pouvoir le payer! La plupart des accompagnements (dite-le-moi si je me trompe) s’offrent dans le cadre d’un service privé et il est donc limité pour beaucoup de gens qui n’ont pas les moyens de s’offrir une doula. Selon une étude américaine sur l’accompagnement à la naissance, de façon générale, l’accompagnante à la naissance est une femme blanche de classe moyenne supérieure servant des femmes blanches de classe moyenne supérieure. Conclusion qui soulève un problème d’accès, des conditions qui ne favorisent pas tellement la démocratisation du service d’accompagnement. Pourtant, les gens moins privilégiés sont peut-être ceux qui bénéficieraient le plus d’un accompagnement. Il y a une belle entrevue radio avec Dre Vania Jimenez, cofondatrice de la Maison Bleue, qui discute de ce contexte particulier: accompagner les femmes enceintes vulnérables.

maman-bebe-hopitalD’ailleurs, j’ai commencé à m’impliquer auprès de Montreal Birth Companions, un organisme communautaire qui fait des miracles avec rien. Vraiment avec rien, juste des femmes de cœur qui offrent leur temps. Leur mission est simple: offrir de l’accompagnement à la naissance à Montréal aux femmes et aux familles dans le besoin. Une équipe de doulas bénévoles tentent de répondre à la demande qui est croissante. Les clientes sont souvent des immigrées récentes qui n’ont pas de connaissance du système de santé québécois. Souvent référées par la Maison Bleue et Médecin du Monde, plusieurs n’ont même pas d’assurance maladie. Imaginez être propulsée dans notre système de santé sans avoir la moindre idée des rouages, et être enceinte (désolé pour les hommes qui auront de la difficulté à se projeter ici)! Je ne sais pas pour vous, mais l’idée de me sentir perdue et impuissante avec les hormones dans le tapis… moyen! J’ai eu envie de m’impliquer pour aider, oui, parce que ça me touche, mais aussi pour ouvrir mes horizons, ouvrir une fenêtre sur des réalités que je ne connais pas (et qui ont lieu dans ma cour arrière – une aventure dans ma cour arrière… ah Pat!).

Revenons à nos moutons… l’accessibilité. Chez nos voisins du sud, la non-universalité des soins de santé fait qu’il y a des avantages financiers directs d’avoir recours à une accompagnante (encore une fois ça exclut la situation des plus pauvres). Ici, humm… faut avoir un bon esprit communautaire pour en sentir les bienfaits financiers. Logiquement, si les accompagnantes aident à réduire les interventions médicales pendant l’accouchement, elles contribuent à réduire la facture en santé des contribuables. Ah tien! C’est intéressant ça. Serait-ce possible d’offrir plus de services aux citoyens tout en réduisant les dépenses? La réponse à cette question n’est pas si simple. Selon une étude commanditée par le regroupement Naissance-Renaissance, l’avantage économique d’attribuer une accompagnante à chaque couple attendant un enfant n’est pas clair. L’étude montre que les économies liées à la réduction des césariennes ne sont pas suffisantes pour couvrir les frais supplémentaires associés à l’accompagnement. Par contre, il manque un gros morceau dans l’étude. Il est actuellement impossible de distinguer les coûts des autres interventions, car le médecin accoucheur reçoit un montant forfaitaire pour un accouchement vaginal peu importe les interventions apportées. De plus, les coûts d’utilisation des services et équipement de l’hôpital, qui eux varient selon le nombre d’interventions, n’ont pas été distingués dans l’étude. Bref, l’étude conclut qu’elle ne peut pas conclure (classique!). Je continue de croire qu’il y a un potentiel d’économie de démocratiser l’accompagnement à la naissance, mais pour l’instant nous n’avons pas de chiffres à déposer sur le bureau du Minsitre. Bien sûr, si nous attribuions un poids à la satisfaction des femmes qui accouchent… nous n’aurions pas à en discuter. 😉

allaitementL’accessibilité universelle à l’accompagnement à la naissance n’est pas encore à nos portes, certes, mais au minimum il devrait y avoir des mécanismes facilitant l’accès. Peut-être en offrant un crédit d’impôt ou même un remboursement partiel pour les couples ayant recours au service d’une accompagnante. Peut-être en augmentant la capacité des organismes communautaires à offrir ce service (lire ici : augmenter leurs subventions). Je ne m’avancerais pas plus loin dans les diverses solutions et scénarios pour améliorer l’accès aux services périnatals à Montréal et ailleurs au Québec… je connais des regroupements qui ont commencé la réflexion depuis longtemps… Mais si vous avez des idées, je suis bien curieuse de les lire.

 

 

*Ce billet est le quatrième d’une série sur l’accompagnement à la naissance. Dans les dernières semaines, je me suis amusée à faire la distinction entre l’accompagnante à la naissance et la sage-femme, j’ai abordé la question du prix de l’accompagnement et j’ai abordé le rôle de l’accompagnante dans la réduction des interventions médicales.

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